Table des matières
- Points clés
- Contexte : pourquoi cette recherche est importante
- Caractéristiques principales des nouvelles directives
- Les quatre groupes qui devraient envisager les statines
- Comprendre les niveaux d'intensité des statines
- Qui NE DEVRAIT PAS prendre de statines
- Changements clés pour la pratique clinique
- La controverse autour du calculateur de risque
- Exemples de cas : comment les directives fonctionnent en pratique
- Implications cliniques pour les patients
- Limites de l'étude
- Recommandations pour les patients
- Questions fréquemment posées
- Informations sur la source
Points clés
- Les directives ACC-AHA de 2013 déplacent l'accent des objectifs chiffrés du cholestérol vers le risque sur 10 ans d'infarctus ou d'AVC.
- Quatre groupes de patients bénéficient des statines, mais le calculateur de risque pourrait surestimer le risque et reste non validé.
- Les statines sont classées en deux catégories : haute intensité (réduction du cholestérol LDL de 50 % ou plus) et intensité modérée (réduction du cholestérol LDL de 30 à 49 %).
- Pour les adultes en bonne santé de plus de 75 ans, les patients dialysés et ceux souffrant d'insuffisance cardiaque symptomatique, les directives indiquent que les données disponibles ne soutiennent pas l'utilisation des statines et ne formulent aucune recommandation.
- Le suivi régulier du cholestérol LDL n'est plus recommandé ; il convient plutôt de se concentrer sur le calcul du risque et la surveillance des effets secondaires.
Contexte : pourquoi cette recherche est importante
Pendant plus d'une décennie, les médecins se sont appuyés sur le rapport du groupe de travail III du Programme national d'éducation sur le cholestérol pour adultes, publié en 2002, pour guider leurs décisions concernant le traitement de l'hyperlipidémie. Ces anciennes directives étaient largement acceptées et appliquées de manière cohérente aux États-Unis.
Cependant, le 12 novembre 2013, le groupe de travail sur les directives de pratique de l'American College of Cardiology–American Heart Association (ACC-AHA) a publié une mise à jour majeure qui a considérablement changé la manière dont les médecins abordent le traitement du cholestérol. Contrairement aux recommandations précédentes, qui se concentraient sur l'atteinte de niveaux spécifiques de cholestérol, les nouvelles directives mettent l'accent sur l'identification des patients dont le risque de maladie cardiaque et d'accident vasculaire cérébral dépasse clairement les dommages potentiels du traitement.
Ces changements ont suscité un débat considérable parmi les experts médicaux, certains soutenant que certains éléments des recommandations ne sont pas fermement fondés sur des preuves. Néanmoins, les nouvelles directives sont susceptibles d'avoir un impact majeur sur la pratique de la gestion des lipides (traitement du cholestérol) dans les cabinets médicaux et les hôpitaux à travers le pays.
Caractéristiques clés des nouvelles directives
Les nouvelles directives représentent un écart substantiel par rapport aux recommandations passées. Auparavant, les médecins étaient encouragés à traiter les patients pour atteindre des cibles spécifiques de cholestérol lipoprotéine de basse densité (LDL) — souvent appelé « mauvais cholestérol » — avec comme objectif un chiffre particulier sur un test sanguin. Les nouvelles directives s'appuient plutôt fortement sur les résultats d'essais randomisés et contrôlés (des études scientifiques rigoureuses) qui ont largement utilisé des doses fixes de médicaments statines — des médicaments appelés inhibiteurs de la HMG-CoA réductase qui bloquent la capacité du foie à produire du cholestérol.
Selon la nouvelle approche, le groupe d'experts a identifié quatre sous-groupes distincts de patients pour lesquels les avantages des statines dépassent clairement les risques. Les directives précisent également quelle intensité de traitement par statine doit être utilisée dans chaque groupe, en fonction de la réduction du niveau de cholestérol LDL par le médicament.
Un détail important concernant les résultats : les essais sous-tendant ces directives ont mesuré la maladie cardiovasculaire athéroscléreuse, que les auteurs définissent comme infarctus non fatal, décès dû à une coronaropathie ou accident vasculaire cérébral non fatal ou fatal.
Les quatre groupes qui devraient envisager les statines
Selon les directives ACC-AHA de 2013, le traitement par statine est clairement bénéfique pour les quatre groupes de patients suivants :
- Les patients atteints de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse cliniquement évidente — y compris ceux qui ont subi un sindrome coronarien aigu, antécédent d'infarctus, angine stable ou instable (douleur thoracique), revascularisation coronaire ou d'une autre artère (telle qu'une angioplastie ou un pontage coronarien), accident vasculaire cérébral, attaque ischémique transitoire (un « mini-AVC ») ou maladie artérielle périphérique présumée causée par l'athérosclérose (durcissement des artères).
- Les patients avec des niveaux primaires de cholestérol LDL d'au moins 190 mg par décilitre (mg/dl) — un niveau très élevé de « mauvais cholestérol ».
- Les patients atteints de diabète de type 1 ou de type 2, âgés de 40 à 75 ans, avec des niveaux de cholestérol LDL de 70 à 189 mg/dl.
- Les patients présentant un risque calculé sur 10 ans de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse d'au moins 7,5 % (selon les nouvelles équations de cohortes regroupées) et un niveau de cholestérol LDL d'au moins 70 mg/dl.
Pour la plupart des patients de ces groupes, une thérapie par statine à haute intensité est généralement recommandée. Les patients qui ne tolèrent pas le traitement à haute intensité, ou ceux atteints de diabète dont le risque sur 10 ans est inférieur à 7,5 %, devraient recevoir une thérapie par statine à intensité modérée à la place.
Compréhension des niveaux d'intensité des statines
Les directives divisent le traitement par statine en deux catégories principales d'intensité en fonction de la réduction moyenne du cholestérol LDL.
Traitement par statine à haute intensité réduit le cholestérol LDL d'environ 50 % ou plus en moyenne. Les options recommandées sont :
- Atorvastatine (nom commercial Lipitor), 40 à 80 mg par jour
- Rosuvastatine (nom commercial Crestor), 20 à 40 mg par jour
Traitement par statine à intensité modérée réduit le cholestérol LDL d'environ 30 % à moins de 50 % en moyenne. Les options recommandées sont :
- Atorvastatine, 10 à 20 mg par jour
- Rosuvastatine, 5 à 10 mg par jour
- Simvastatine (nom commercial Zocor), 20 à 40 mg par jour
- Pravastatine (nom commercial Pravachol), 40 à 80 mg par jour
- Lovastatine (nom commercial Mevacor), 40 mg par jour
- Fluvastatine à libération prolongée (nom commercial Lescol XL), 80 mg par jour
- Fluvastatine, 40 mg deux fois par jour
- Pitavastatine (nom commercial Livalo), 2 à 4 mg par jour
Les patients prenant des statines doivent être suivis par leur médecin pour détecter d'éventuels lésions musculaires ou hépatiques, ainsi que le développement d'un diabète de novo, qui est un effet secondaire potentiellement reconnu du traitement par statines.
Qui ne doit PAS prendre de statines
Une mise en garde importante des nouvelles directives est qu'elles identifient également des groupes de patients pour lesquels les données disponibles ne soutiennent pas le traitement par statines et pour lesquelles aucune recommandation n'est faite. Ces groupes incluent :
- Les patients âgés de plus de 75 ans, sauf s'ils présentent une maladie cardiovasculaire athéroscléreuse clinique (cardiopathie ou maladie vasculaire établie).
- Les patients nécessitant une hémodialyse (dialyse permettant de filtrer les déchets du sang en cas d'insuffisance rénale).
- Les patients atteints d'une insuffisance cardiaque de classe II, III ou IV de l'Association cardiaque de New York (NYHA) — c'est-à-dire une insuffisance cardiaque provoquant des symptômes même lors d'un effort léger ou au repos.
De plus, le groupe d'experts a indiqué qu'il n'a trouvé aucune preuve soutenant l'utilisation de médicaments non statines abaissant le cholestérol — tels que l'ézétimibe, les séquestrants des acides biliaires ou la niacine — soit en association avec un traitement par statines, soit en remplacement chez les patients qui ne tolèrent pas les statines.
Il existe une note spéciale pour les patients prédisposés aux effets indésirables des statines. Cela inclut ceux présentant une fonction rénale ou hépatique altérée, d'autres pathologies graves associées, des antécédents d'intolérance aux statines, l'utilisation d'autres médicaments affectant le métabolisme des statines (comme l'amiodarone), un âge supérieur à 75 ans, ou des élévations inexplicables de l'alanine aminotransférase (une enzyme hépatique) supérieures à 3 fois la limite supérieure de la normale. Pour ces patients, un traitement par statine à intensité modérée est recommandé lorsque le traitement à haute intensité serait autrement indiqué.
Principaux changements pour la pratique clinique
Les cliniciens pratiquants constateront des modifications considérables dans leurs routines quotidiennes à mesure qu'ils adopteront ces nouvelles recommandations. Les auteurs résument six changements majeurs :
- Éviter les traitements hypolipémiants chez certains groupes de patients — spécifiquement, ceux atteints d'insuffisance cardiaque, ceux sous dialyse et les adultes en bonne santé de plus de 75 ans.
- Suppression des dosages sanguins systématiques du cholestérol LDL chez les patients recevant un traitement par statine, car des niveaux cibles spécifiques ne sont plus mis en avant. Si l'objectif n'est plus un chiffre fixe, le suivi régulier de ce chiffre perd de sa pertinence.
- Éviter les médicaments hypolipémiants non statiniques chez les patients qui tolèrent bien les statines.
- Utilisation plus prudente des statines chez les patients âgés de plus de 75 ans qui ne présentent pas de maladie cardiovasculaire établie.
- Réduction de l'utilisation des marqueurs substituts tels que la protéine C-réactive (un marqueur de l'inflammation) ou les scores de calcium coronaire (mesures d'imagerie basées sur la plaque dans les artères).
- Utilisation d'un nouveau calculateur de risque qui est susceptible d'identifier un plus grand nombre de patients éligibles à un traitement par statine que les approches précédentes.
Ce dernier changement est particulièrement significatif — les nouvelles équations de cohortes regroupées sont accessibles au public, et les médecins peuvent les utiliser sur le site web de l'American Heart Association (http://my.americanheart.org/cvriskcalculator) ou sur le site CardioSource dédié aux outils des recommandations de prévention de 2013.
La controverse autour du calculateur de risque
Tout le monde n'est pas d'accord pour dire que le nouveau calculateur de risque est précis. Les chercheurs Ridker et Cook, dont l'analyse a été publiée dans la revue The Lancet, ont soulevé de sérieuses inquiétudes concernant ce calculateur, qui est basé sur les données de plusieurs grandes études de cohortes (groupes de personnes suivies au fil du temps). Leur critique principale est que le calculateur de risque n'a jamais été testé de manière prospective — c'est-à-dire qu'il n'a pas été validé dans un contexte réel où ses prédictions ont été comparées aux résultats réels.
Lorsque Ridker et Cook ont comparé les prédictions du calculateur avec les résultats de plusieurs grandes cohortes de personnes sans maladie cardiovasculaire actuelle, le nouveau calculateur de risque semblait surestimer les risques observés. Cela signifie que certains patients pourraient se voir indiquer un risque plus élevé qu'il ne l'est réellement, ce qui pourrait entraîner des prescriptions inutiles de statines.
Les développeurs des recommandations ont toutefois rétorqué, en avançant deux raisons pour lesquelles les cohortes utilisées par Ridker et Cook pourraient ne pas être appropriées pour tester la précision du calculateur :
- Biais de sélection des volontaires : Les cohortes incluent des volontaires, qui sont susceptibles d'être en meilleure santé et plus soucieux de leur santé que la population générale. Des personnes en meilleure santé auraient naturellement des taux d'événements cardiovasculaires plus bas, ce qui ferait apparaître le calculateur comme surestimant le risque alors qu'il pourrait être précis pour le grand public.
- Effets des traitements modernes : Les patients de ces cohortes ont reçu des thérapies modernes pour réduire le risque cardiovasculaire — telles que des médicaments antihypertenseurs, de l'aspirine et d'autres traitements préventifs — ce qui modifierait l'évolution naturelle de la maladie et réduirait les taux d'événements observés par rapport à ce que le calculateur prédit pour les populations non traitées.
Les auteurs de cette analyse du NEJM notent qu'il y aura probablement un intérêt considérable à tester prospectivement le nouveau calculateur de risque dans plusieurs groupes de diverses origines ethniques afin de corroborer sa pertinence en tant que fondement pour la prévention primaire (prévenir un premier événement) de la maladie cardiovasculaire athéroscléreuse.
Exemples de cas : comment les recommandations fonctionnent dans la pratique
Pour aider les médecins à comprendre comment appliquer les nouvelles recommandations, l'article original comprenait un tableau d'exemples de cas patients montrant qui devrait recevoir des statines à haute intensité, des statines à intensité modérée et qui ne devrait pas recevoir de statines du tout. Voici ces exemples, avec le risque calculé sur 10 ans de coronaropathie (CHD) ou d'AVC pour chaque personne.
Cas où un traitement par statine à haute intensité est recommandé
- Homme noir de 62 ans : Cholestérol total 140 mg/dl, HDL (bon cholestérol) 35 mg/dl, pression artérielle systolique 130 mm Hg, non sous traitement antihypertenseur, non diabétique, non fumeur. Risque calculé sur 10 ans : 9,1 %. Commentaire : Le cholestérol total est assez bas, mais l'âge est supérieur à 60 ans et le HDL est également faible.
- Homme blanc de 42 ans, fumeur : Cholestérol total 250 mg/dl, HDL 40 mg/dl, pression artérielle systolique 130 mm Hg, ne prend pas de médicament contre la tension, non diabétique, fumeur. Risque à 10 ans calculé : 9,0 %. Commentaire : Le cholestérol total est élevé et le patient fume.
- Femme blanche de 50 ans, fumeuse diabétique : Cholestérol total 180 mg/dl, HDL 50 mg/dl, pression artérielle systolique 135 mm Hg, prend un médicament contre la tension, diabétique, fumeuse. Risque à 10 ans calculé : 9,8 %. Commentaire : Le cholestérol total et le HDL sont dans les plages souhaitables, mais la patiente présente un diabète, une hypertension et fume.
- Femme noire de 73 ans : Cholestérol total 170 mg/dl, HDL 50 mg/dl, pression artérielle systolique 110 mm Hg, ne prend pas de médicament contre la tension, non diabétique, non-fumeuse. Risque à 10 ans calculé : 9,5 %. Commentaire : Le cholestérol total est faible, mais l'âge dépasse 70 ans.
Cas pour lesquels un traitement par statines à intensité modérée est recommandé
- Femme blanche de 48 ans diabétique : Cholestérol total 180 mg/dl, HDL 55 mg/dl, pression artérielle systolique 130 mm Hg, ne prend pas de médicament contre la tension, diabétique, non-fumeuse. Risque à 10 ans calculé : 1,8 %. Commentaire : La patiente est éligible car elle présente un diabète, mais son risque à 10 ans est inférieur à 7,5 %.
- Homme blanc de 61 ans avec antécédent d'intolérance aux statines : Cholestérol total 200 mg/dl, HDL 35 mg/dl, pression artérielle systolique 145 mm Hg, prend un médicament contre la tension, non diabétique, non-fumeur. Risque à 10 ans calculé : 17 %. Commentaire : Le patient est éligible car son risque à 10 ans dépasse 7,5 %, mais il ne tolère pas les statines à haute intensité en raison de ses antécédents.
- Homme noir de 79 ans : Cholestérol total 150 mg/dl, HDL 40 mg/dl, pression artérielle systolique 120 mm Hg, ne prend pas de médicament contre la tension, non diabétique, non-fumeur. Risque à 10 ans calculé : 13,7 %. Commentaire : Le patient est éligible car son risque à 10 ans dépasse 7,5 %, mais il a plus de 75 ans.
- Femme noire de 54 ans prenant de l'amiodarone : Cholestérol total 182 mg/dl, HDL 45 mg/dl, pression artérielle systolique 135 mm Hg, prend un médicament contre la tension, non diabétique, fumeuse, prend de l'amiodarone (un médicament pour le rythme cardiaque). Risque à 10 ans calculé : 12,1 %. Commentaire : La patiente est éligible car son risque à 10 ans dépasse 7,5 %, mais elle prend un médicament qui affecte le métabolisme des statines, ce qui rend un traitement à intensité modérée plus sûr.
Cas pour lesquels un traitement par statines n'est PAS recommandé
- Homme blanc de 57 ans : Cholestérol total 255 mg/dl, HDL 45 mg/dl, pression artérielle systolique 110 mm Hg, ne prend pas de médicament contre la tension, non diabétique, non-fumeur. Risque à 10 ans calculé : 7,2 %. Commentaire : Le cholestérol total est élevé, mais le patient n'a pas d'autres facteurs de risque et son risque se situe juste en dessous du seuil de 7,5 %.
- Homme noir de 42 ans, fumeur : Cholestérol total 180 mg/dl, HDL 40 mg/dl, pression artérielle systolique 130 mm Hg, ne prend pas de médicament contre la tension, non diabétique, fumeur. Risque à 10 ans calculé : 6,3 %. Commentaire : Le patient fume mais n'a pas d'autres facteurs de risque.
- Femme noire de 64 ans : Cholestérol total 190 mg/dl, HDL 45 mg/dl, pression artérielle systolique 125 mm Hg, ne prend pas de médicament contre la tension, non diabétique, non-fumeuse. Risque à 10 ans calculé : 6,9 %. Commentaire : Le cholestérol HDL est faible pour une femme (inférieur à 50 mg/dl), mais la patiente n'a pas d'autres facteurs de risque.
- Femme blanche de 46 ans avec hyperlipidémie et hypertension : Cholestérol total 230 mg/dl, HDL 55 mg/dl, pression artérielle systolique 150 mm Hg, prend un médicament contre la tension, non diabétique, non-fumeuse. Risque à 10 ans calculé : 2,0 %. Commentaire : Le cholestérol total est élevé et la tension n'est pas contrôlée, mais la patiente n'a pas d'autres facteurs de risque.
Ces exemples illustrent un point clé : selon les nouvelles directives, certains patients avec un cholestérol très élevé peuvent ne pas avoir besoin de statines, tandis que d'autres avec des niveaux de cholestérol relativement « normaux » pourraient se voir recommander un traitement — tout cela parce que le calcul du risque à 10 ans joue un rôle central dans la prise de décision.
Implications cliniques pour les patients
Pour les patients, ces directives représentent un changement significatif dans la manière dont les médecins aborderont la gestion du cholestérol. La direction générale est claire : le traitement se déplacera vers les statines et s'éloignera des autres agents hypolipémiants, et cela s'appliquera à une plus large gamme de patients que ce que recommandaient les directives précédentes.
Certains patients peuvent remarquer que leur médecin ne prescrit plus systématiquement de tests sanguins de cholestérol LDL pour vérifier s'ils ont atteint un chiffre cible. D'autres pourraient se voir prescrire des doses plus élevées de statines que celles qui leur étaient précédemment administrées. Les patients qui prenaient des médicaments non-statiniques, tels que l'ézétimibe (Zetia) ou la niacine, pourraient se voir conseiller d'arrêter ces traitements s'ils tolèrent bien leurs statines.
Les patients de plus de 75 ans sans maladie cardiaque connue peuvent constater que leur médecin est plus réticent à prescrire une statine, tandis que les patients plus jeunes présentant des facteurs de risque tels que le tabagisme, le diabète ou l'hypertension artérielle pourraient se voir proposer des statines même si leurs chiffres de cholestérol semblent raisonnablement bons sur le papier.
Il est important de comprendre que la décision concernant qui doit prendre une statine repose sur un calcul du risque à 10 ans effectué avec le nouvel outil en ligne. Les patients souhaitant comprendre leur propre risque peuvent demander à leur médecin de les accompagner dans ce calcul, qui prend en compte l'âge, le sexe, la race, le cholestérol total, le cholestérol HDL, la pression artérielle systolique, l'utilisation de médicaments contre la tension, le statut diabétique et le statut tabagique.
Limites de l'étude
Cette analyse est un commentaire et un résumé pratique plutôt qu'une nouvelle étude de recherche, elle comporte donc certaines limites. Les auteurs notent que le nouveau calculateur de risque n'a pas été validé de manière prospective, ce qui signifie qu'il n'a pas encore été prouvé qu'il prédit avec précision les résultats dans la vie réelle au sein de populations diverses. Le débat sur le fait qu'il surestime le risque — comme l'indiquent Ridker et Cook — reste non résolu au moment de la publication.
Les directives elles-mêmes sont largement basées sur des essais randomisés et contrôlés utilisant des doses fixes de statines, et les auteurs reconnaissent que certains éléments des recommandations sont considérés par certains observateurs comme pas entièrement fondés sur des preuves. En particulier, le manque de preuves soutenant les thérapies non statiniques et le traitement des patients de plus de 75 ans sans maladie cardiaque connue restent des domaines d'incertitude.
De plus, les exemples de cas fournis dans l'article sont des illustrations hypothétiques, et non des recommandations pour des patients individuels réels. Les décisions de traitement dans la vie réelle doivent toujours être prises en consultation avec un médecin, en tenant compte des antécédents médicaux complets du patient et de ses préférences personnelles.
Recommandations pour les patients
Sur la base de cette analyse des directives sur le cholestérol ACC-AHA de 2013, voici les points pratiques à retenir pour les patients :
- Connaissez votre risque à 10 ans. Demandez à votre médecin de calculer votre risque à 10 ans de crise cardiaque ou d'accident vasculaire cérébral en utilisant le nouveau calculateur en ligne. Ce chiffre — et non seulement votre taux de cholestérol — doit guider la conversation sur la thérapie par statines.
- Comprenez l'intensité de votre statine. Si vous vous faites prescrire une statine, demandez si elle est à haute intensité (réduisant le LDL de 50 % ou plus) ou à intensité modérée (réduisant le LDL de 30 % à moins de 50 %). Assurez-vous que la dose que vous recevez correspond à ce que les directives recommandent pour votre groupe de risque.
- Ne soyez pas surpris si votre LDL n'est pas vérifié aussi souvent. Selon les nouvelles directives, le suivi régulier des taux de LDL n'est plus mis en avant car des chiffres cibles spécifiques ont été abandonnés.
- Demandez avant de continuer les médicaments non statiniques contre le cholestérol. Si vous prenez des médicaments comme l'ézétimibe, la niacine ou les séquestrants des acides biliaires, demandez à votre médecin s'ils sont toujours appropriés, car les directives n'ont trouvé aucune preuve soutenant leur utilisation.
- Si vous avez plus de 75 ans, discutez soigneusement des risques et des avantages. Les directives sont plus prudentes concernant les statines chez les adultes en bonne santé de plus de 75 ans qui ne souffrent pas de maladie cardiaque établie.
- Surveillez les effets secondaires. Si vous prenez des statines, soyez conscient des douleurs musculaires ou de la faiblesse, des signes de problèmes hépatiques et du petit risque accru de diabète nouveau. Signalez tout souci à votre médecin rapidement.
Questions fréquemment posées
Qui devrait envisager de prendre des statines selon les directives sur le cholestérol de 2013 ?
Les directives identifient quatre groupes qui bénéficient clairement des statines : les personnes atteintes de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse établie, celles avec un cholestérol LDL très élevé (190 mg/dL ou plus), les adultes âgés de 40 à 75 ans atteints de diabète et ayant un LDL compris entre 70 et 189 mg/dL, et celles dont le risque calculé à 10 ans de crise cardiaque ou d'accident vasculaire cérébral est d'au moins 7,5 % et dont le LDL est de 70 mg/dL ou plus.
Qu'est-ce que le nouveau calculateur de risque et pourquoi est-il controversé ?
Le calculateur de risque estime la probabilité à 10 ans pour une personne d'avoir une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral en utilisant des facteurs tels que l'âge, le sexe, la race, le cholestérol, la tension artérielle et le tabagisme. Il est controversé car les chercheurs Ridker et Cook ont trouvé qu'il pourrait surestimer le risque, conduisant potentiellement à des prescriptions inutiles de statines. Le calculateur n'a pas été testé de manière prospective dans des conditions réelles.
Quels patients NE DEVRAIENT PAS prendre de statines selon les directives ?
Les directives ne soutiennent pas les statines pour les adultes en bonne santé de plus de 75 ans sans maladie cardiaque établie, les patients nécessitant une hémodialyse ou ceux souffrant d'insuffisance cardiaque symptomatique (classe II–IV de l'NYHA). Aucune preuve ne soutient les médicaments non statiniques comme l'ézétimibe ou la niacine en combinaison avec des statines ou en remplacement chez les patients qui ne tolèrent pas les statines.
Aurai-je encore besoin de tests sanguins de cholestérol LDL de routine si je prends une statine ?
Selon les nouvelles directives, le test de cholestérol LDL de routine n'est plus mis en avant pour les patients prenant des statines. Parce que les niveaux cibles ont été abandonnés, les médecins peuvent ne pas commander de tests sanguins réguliers de LDL. Cependant, la surveillance des effets secondaires potentiels tels que les lésions musculaires, les lésions hépatiques ou le diabète nouveau reste importante.
J'ai plus de 75 ans et je suis en bonne santé. Devrais-je prendre une statine ?
Les recommandations ACC-AHA de 2013 sont plus prudentes concernant l'utilisation des statines chez les adultes en bonne santé de plus de 75 ans qui ne souffrent pas de maladie cardiovasculaire établie. Les recommandations ne soutiennent pas le traitement par statine pour ce groupe. Si vous avez plus de 75 ans et aucune maladie cardiaque, discutez soigneusement des risques et des avantages avec votre médecin.
Quels effets secondaires des statines dois-je surveiller ?
Lors de la prise de statines, soyez attentif à la douleur ou à la faiblesse musculaire, aux signes de problèmes hépatiques tels qu'une fatigue inexpliquée ou une jaunisse, et à un petit risque accru de diabète nouvellement apparu. Les recommandations conseillent de surveiller les lésions musculaires et hépatiques. Signalez tout symptôme inquiétant à votre médecin rapidement.
Mon médecin m'a prescrit une statine sur la base des nouvelles recommandations sur le cholestérol de 2013, mais je ne suis pas sûr d'en avoir besoin. Devrais-je obtenir un deuxième avis ?
Un deuxième avis peut vous aider à décider si le traitement par statine est adapté à votre situation, surtout puisque les nouvelles recommandations s'appuient sur un calculateur de risque à 10 ans que certains experts estiment pouvoir surestimer le risque. Les recommandations identifient quatre groupes qui bénéficient clairement des statines, mais elles indiquent également que certains patients — comme les adultes en bonne santé de plus de 75 ans — ne devraient pas en prendre. Si vous avez des doutes concernant votre calcul de risque ou l'intensité de la statine recommandée, un expert indépendant peut examiner votre dossier. Diagnostic Detectives Network fournit des deuxièmes avis d'experts indépendants.
Informations sur la source
Original article title: T h e n e w e ng l a n d j o u r na l o f m e dic i n e
Authors: John F. Keaney, Jr., M.D., Gregory D. Curfman, M.D., and John A. Jarcho, M.D.
Publication: The New England Journal of Medicine, published November 27, 2013. DOI: 10.1056/NEJMms1314569.
Author affiliation: University of Massachusetts Medical School, Worcester (J.F.K.).
Key references cited in the original article:
- Stone NJ, Robinson J, Lichtenstein AH, et al. Recommandations de l'ACC/AHA sur le traitement du cholestérol sanguin pour réduire le risque cardiovasculaire athérosclérotique chez les adultes : rapport du groupe de travail sur les lignes directrices de pratique de l'American College of Cardiology/American Heart Association. Circulation 2013 (Publication antérieure à l'impression).
- Programme national d'éducation sur le cholestérol (NCEP) Groupe d'experts sur la détection, l'évaluation et le traitement de l'hypercholestérolémie chez les adultes (Adult Treatment Panel III). Troisième rapport. Circulation 2002;106:3143-421.
- Ridker PM, Cook NR. Lignes directrices sur les statines et la prévention des maladies cardiovasculaires. Lancet (sous presse).
- Prevention guidelines tools: CV risk calculator. Dallas: American Heart Association, 2013.
Cet article destiné aux patients est basé sur des recherches publiées dans The New England Journal of Medicine. Il est destiné à des fins éducatives et ne remplace pas les conseils médicaux professionnels. Les patients doivent toujours consulter leur fournisseur de soins de santé concernant leur plan de traitement individuel.