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Fremanezumab pour la migraine chronique : une nouvelle option de traitement préventif expliquée

25 min
Original medical illustration for: Fremanezumab for Chronic Migraine: A New Preventive Treatment Option Explained

Table des matières

Points clés

  • Le fremanezumab a réduit le nombre de jours de mal de tête liés à la migraine chronique de 4,3 à 4,6 par mois contre 2,5 avec un placebo lors d'un essai de 12 semaines mené auprès de 1 130 patients.
  • 38 % à 41 % des patients traités par fremanezumab ont obtenu une réduction d'au moins 50 % du nombre de jours de mal de tête, contre 18 % sous placebo.
  • Le fremanezumab a fait effet dès 4 semaines et a également réduit l'utilisation de médicaments anti-migraineux d'urgence de 3,7 à 4,2 jours par mois.
  • Des réactions au site d'injection sont survenues chez 47 % des patients traités ; la plupart des effets secondaires étaient légers à modérés.
  • Cette étude n'a duré que 12 semaines ; la sécurité à long terme, l'efficacité et les effets secondaires rares nécessitent donc des recherches complémentaires.

Comprendre la migraine chronique : pourquoi cette recherche est importante

La migraine est bien plus qu'une simple mauvaise douleur à la tête. Il s'agit d'un trouble neurologique complexe caractérisé par des crises récurrentes de douleurs pulsatives ou battement dans la tête, d'intensité au moins modérée. Selon les informations contextuelles de cette étude, la migraine toucherait environ 15 à 18 % de la population mondiale, ce qui en fait l'une des affections neurologiques les plus courantes au monde. Elle est également une cause majeure d'invalidité dans le monde entier, empêchant des millions de personnes de travailler, de suivre une scolarité ou de participer à la vie quotidienne.

La migraine chronique est une forme particulièrement sévère de cette affection. Elle touche environ 2 % de la population et se définit par la présence d'au moins 15 jours de céphalées par mois pendant une période d'au moins 3 mois. Pour les personnes vivant avec une migraine chronique, la douleur survient presque quotidiennement ou quasi-quotidiennement, entraînant un handicap fonctionnel important et une qualité de vie nettement inférieure à celle des personnes souffrant de migraines moins fréquentes.

Les experts médicaux s'accordent depuis longtemps pour dire que les patients atteints de migraine chronique devraient bénéficier d'un traitement préventif, c'est-à-dire d'une thérapie conçue pour réduire la fréquence et l'intensité des crises de migraine avant qu'elles ne surviennent. Cependant, les auteurs de l'étude notent que les traitements préventifs existants sont souvent sous-utilisés, mal observés, associés à des effets secondaires gênants ou tout simplement inefficaces pour de nombreux patients. Ce manque d'options thérapeutiques efficaces est précisément la raison pour laquelle les chercheurs recherchent de nouvelles approches.

Le fremanezumab : une nouvelle approche pour prévenir la migraine

Le fremanezumab (également connu sous son nom de recherche TEV-48125) représente une classe fondamentalement nouvelle de traitements contre la migraine. Il s'agit d'un anticorps monoclonal humanisé, une protéine conçue en laboratoire qui agit comme un missile guidé pour cibler une substance spécifique dans l'organisme. Dans ce cas, le fremanezumab cible et neutralise une molécule appelée peptide relié au gène de la calcitonine (CGRP).

Le CGRP est un neuropeptide de 37 acides aminés (un petit fragment de protéine) qui joue un rôle central dans la chaîne d'événements déclenchant les migraines. Lors d'une crise de migraine, les taux de CGRP augmentent, provoquant une dilatation (élargissement) des vaisseaux sanguins et le développement d'une inflammation dans les membranes protectrices du cerveau. Le fremanezumab agit en se liant aux formes alpha (α) et bêta (β) du CGRP, « éliminant » essentiellement cette molécule pro-douleur avant qu'elle ne puisse déclencher la cascade migraineuse.

Contrairement à certains autres traitements, le fremanezumab cible le ligand CGRP lui-même, et non son récepteur. Il offre une posologie flexible et est administré par injection sous-cutanée, de manière similaire à l'insuline utilisée pour le diabète. Avant cet essai de phase 3, une étude de phase 2 menée chez des patients atteints de migraine chronique avait montré des réductions significatives du nombre de jours de migraine et de jours de céphalées par rapport au placebo, sans effets indésirables graves liés au traitement. Ces résultats prometteurs ont ouvert la voie à cette investigation plus large et plus décisive.

Comment l'étude a été menée

Il s'agissait d'un essai de phase 3 randomisé, en double aveugle, contrôlé par placebo et à groupes parallèles, qui constitue la norme d'or pour tester si un nouveau médicament fonctionne réellement. « Randomisé » signifie que les patients ont été assignés aux groupes de traitement par hasard ; « en double aveugle » signifie que ni les patients ni les médecins et chercheurs ne savaient qui recevait le vrai médicament et qui recevait le placebo, éliminant ainsi tout biais ; et « contrôlé par placebo » signifie qu'un groupe a reçu une injection inactive à des fins de comparaison.

L'essai a été mené dans 132 centres de céphalées à travers neuf pays, avec le recrutement des patients s'étant déroulé de mars 2016 à janvier 2017. Il a été financé par Teva Pharmaceuticals, le fabricant du fremanezumab, et a été enregistré sur ClinicalTrials.gov sous le numéro NCT02621931. Un cadre éthique strict a été respecté, y compris la conformité aux lignes directrices de la Conférence internationale d'harmonisation pour les bonnes pratiques cliniques, aux principes de la Déclaration d'Helsinki et à toutes les réglementations nationales et locales pertinentes. Tous les participants ont signé des documents de consentement éclairé.

La conception de l'essai comprenait trois phases : une visite de dépistage, une période de pré-intervention (observation de référence) de 28 jours, et une période d'intervention active de 12 semaines, avec une évaluation finale à la fin de la semaine 12. Pendant la période de référence de 28 jours, les patients ont consigné des informations détaillées sur leurs céphalées dans un journal électronique quotidien à l'aide d'un dispositif appelé plateforme ERT DIARYpro sur un appareil portable Bluebird Pidion BM-170. Ce journal a recueilli des données sur la survenue des céphalées, leur durée, la sévérité de la douleur, la présence de symptômes tels que nausées, vomissements, photophobie (sensibilité à la lumière), phonophobie (sensibilité au son) et tout médicament utilisé.

Régimes posologiques : trois groupes, deux approches

Les patients ont été assignés au hasard selon un ratio de 1:1:1 à l'un des trois groupes :

  1. Fremanezumab trimestriel (tous les 3 mois) : Une dose unique de 675 mg (administrée sous forme de trois injections de 225 mg/1,5 ml) au début de l'essai, suivie d'injections placebo aux semaines 4 et 8.
  2. Fremanezumab mensuel : Une dose de 675 mg à la référence (également trois injections de 225 mg), suivie d'injections de 225 mg aux semaines 4 et 8.
  3. Placebo : Injections inactive administrées à la référence, à la semaine 4 et à la semaine 8.

Tous les patients ont reçu trois injections sous-cutanées abdomérales à la référence et une injection aux semaines 4 et 8, de sorte que l'expérience de la réception des injections était identique pour tous les groupes. La randomisation a été effectuée électroniquement et stratifiée selon le sexe, le pays et si le patient utilisait déjà un médicament préventif contre la migraine. Jusqu'à 30 % des patients ont pu continuer à prendre une dose stable d'un médicament préventif de la migraine existant (tel que le topiramate ou un bêtabloquant) si celui-ci avait été initié au moins 2 mois avant le début de l'essai.

Critères d’exclusion clés

Pour participer, les patients devaient avoir entre 18 et 70 ans, présenter des antécédents de migraine (diagnostiquée selon la Classification internationale des céphalées, version bêta 3, ou ICHD-3 beta) depuis au moins 12 mois, et répondre aux critères de migraine chronique pendant la période de référence de 28 jours — définie comme des céphalées de toute durée ou intensité sur au moins 15 jours par mois et une migraine sur au moins 8 jours par mois.

Les principaux critères d’exclusion comprenaient :

  • Utilisation d'onabotulinumtoxinA (Botox) pour la migraine au cours des 4 mois précédant le dépistage
  • Utilisation d'interventions ou de dispositifs contre la migraine (tels que des blocs nerveux ou la stimulation magnétique transcrânienne) au cours des 2 mois précédant le dépistage
  • Utilisation de médicaments opioïdes ou barbituriques plus de 4 jours pendant la période pré-intervention
  • Absence documentée de réponse à des essais adéquats d'au moins deux des quatre catégories de médicaments préventifs

Comment l'efficacité a été mesurée

L'objectif principal de l'essai était la variation moyenne par rapport à la référence du nombre moyen de jours de céphalées par mois sur la période de 12 semaines suivant la première dose. Un « jour de céphalée » a été défini avec précision comme un jour civil au cours duquel :

  • La douleur céphalique a duré au moins 4 heures consécutives et a atteint une intensité au moins modérée, ou
  • Le patient a utilisé un médicament aigu spécifique contre la migraine (triptans ou ergots) pour traiter une céphalée de toute intensité ou durée

Les objectifs secondaires comprenaient les changements du nombre de jours de migraine par mois, le pourcentage de patients ayant atteint au moins une réduction de 50 % des jours de céphalées, les changements dans l'utilisation de médicaments aigus contre les céphalées, et les changements au test d'impact des céphalées à six items (HIT-6) — un questionnaire validé mesurant le handicap lié aux céphalées, avec des scores allant de 36 à 78 (des scores plus élevés indiquant un handicap plus important).

Les analyses statistiques ont été réalisées sur une population « intention de traiter modifiée », c'est-à-dire tous les patients randomisés ayant reçu au moins une dose et disposant d'au moins 10 jours de données d'efficacité post-référence. Les chercheurs prévoyaient d'inclure 1 020 participants pour fournir une puissance statistique de 90 % afin de détecter une différence de 1,7±6,3 jours de céphalées par mois entre les groupes, en supposant un taux d'abandon de 15 %.

Qui a participé à l'essai

Un total de 1 130 patients ont été inclus et randomisés dans les trois groupes : 376 dans le groupe fremanezumab trimestriel, 379 dans le groupe fremanezumab mensuel, et 375 dans le groupe placebo. Les caractéristiques de base des patients étaient très similaires dans les trois groupes, confirmant que la randomisation a bien fonctionné.

Les principales caractéristiques de base des participants comprenaient :

  • Âge : L'âge moyen était d'environ 41 ans (42,0±12,4 trimestriel, 40,6±12,0 mensuel, 41,4±12,0 placebo)
  • Sexe : La majorité étaient des femmes — 88 % (331 patients) dans le groupe trimestriel, 87 % (330) dans le groupe mensuel, et 88 % (330) dans le groupe placebo
  • Indice de masse corporelle : Environ 26,5 dans tous les groupes
  • Durée de la maladie : En moyenne, les patients vivaient avec une migraine depuis environ 20 ans (19,7±12,8, 20,1±12,0, 19,9±12,9 ans respectivement)
  • Utilisation actuelle de médicaments : Environ 20-22 % utilisaient un médicament préventif, et 95 % utilisaient des médicaments aigus contre les céphalées au besoin
  • Traitements antérieurs : 28 à 31 % avaient déjà utilisé du topiramate ; 13 à 18 % avaient déjà utilisé de l'onabotulinumtoxineA
  • Jours de céphalée : Le nombre moyen de jours de céphalée (tel que défini dans l'essai) par mois pendant la période de référence était de 13,2 dans le groupe trimestriel, de 12,8 dans le groupe mensuel et de 13,3 dans le groupe placebo
  • Jours de migraine : Les patients ont connu en moyenne 16,2, 16,0 et 16,4 jours de migraine par mois, respectivement
  • Charge globale des céphalées : Les jours avec céphalée, quelle que soit leur sévérité et leur durée, ont été en moyenne d'environ 20 jours par mois (20,4, 20,3 et 20,3 jours, respectivement)
  • Consommation de médicaments aigus : Les patients ont utilisé des médicaments aigus contre les céphalées environ 13 jours par mois et des médicaments aigus spécifiques contre la migraine environ 11 jours par mois
  • Score d'invalidité : Les scores HIT-6 de référence étaient élevés dans tous les groupes (64,3, 64,6 et 64,1), indiquant un impact sévère sur la vie quotidienne

Sur les 1 130 patients randomisés, 1 034 patients (92 %) ont terminé l'essai : 349 (93 %) dans le groupe trimestriel, 343 (91 %) dans le groupe mensuel et 342 (91 %) dans le groupe placebo. Ce taux de complétion élevé renforce la confiance dans les résultats.

Principaux résultats : Le fremanezumab a-t-il fonctionné ?

Critère d'évaluation principal : Réduction des jours de céphalée

L'essai a atteint son critère d'évaluation principal avec des résultats clairs. Après 12 semaines de traitement, la moyenne des carrés minimaux de réduction (le changement moyen, ajusté statistiquement pour des facteurs tels que le sexe, le pays et l'utilisation de médicaments préventifs de référence) des jours de céphalée mensuels était :

  • Fremanezumab trimestriel : -4,3±0,3 jour par mois
  • Fremanezumab mensuel : -4,6±0,3 jour par mois
  • Placebo : -2,5±0,3 jour par mois

Les deux groupes fremanezumab ont montré des réductions significativement plus importantes que le placebo, avec une différence par rapport au placebo de 1,8 et 2,1 jours, respectivement. La signification statistique était P<0,001 pour les deux comparaisons, ce qui signifie qu'il y a moins d'une probabilité sur 1 000 que ces résultats soient dus au hasard.

En termes pratiques, pendant la période de traitement de 12 semaines, les patients recevant du placebo ont connu en moyenne 10,4±6,4 jours de céphalée par mois, contre 8,5±6,3 jours pour ceux recevant du fremanezumab trimestriel et 8,0±6,3 jours pour ceux recevant du fremanezumab mensuel. Cela se traduit par environ deux jours de céphalée en moins par mois au-delà de l'effet placebo — une amélioration significative pour les personnes vivant avec des douleurs quotidiennes ou quasi quotidiennes.

Critères d'évaluation secondaires : Des avantages cohérents dans tous les domaines

Réduction des jours de migraine. Les groupes fremanezumab ont obtenu des réductions plus importantes des jours de migraine mensuels : -4,9±0,4 jour pour un dosage trimestriel et -5,0±0,4 jour pour un dosage mensuel, par rapport à -3,2±0,4 jour pour le placebo. Ces deux différences étaient statistiquement significatives (P<0,001).

Taux de « répondeurs à 50 % ». Il s'agit d'une mesure clé utilisée dans la recherche sur la migraine — la proportion de patients dont la fréquence des céphalées est réduite d'au moins la moitié. Les résultats ont été frappants :

  • 38 % des patients du groupe trimestriel (141 sur 375) ont obtenu une réduction d'au moins 50 %
  • 41 % des patients du groupe mensuel (153 sur 375) ont obtenu une réduction d'au moins 50 %
  • Seuls 18 % des patients du groupe placebo (67 sur 371) ont atteint ce seuil

Les deux différences étaient statistiquement significatives à P<0,001. En d'autres termes, les patients recevant du fremanezumab avaient plus de deux fois plus de chances de connaître une amélioration spectaculaire de la fréquence de leurs céphalées par rapport à ceux recevant un placebo.

Besoin réduit de médicaments anti-céphalées aigus. Les patients des groupes fremanezumab ont également réduit leur utilisation des médicaments de secours. La réduction moyenne du nombre de jours par mois pendant lesquels ils utilisaient tout médicament anti-céphalée aigu était la suivante :

  • -3,7±0,3 jours pour le fremanezumab tous les trois mois
  • -4,2±0,3 jours pour le fremanezumab mensuel
  • -1,9±0,3 jours pour le placebo

Les deux différences par rapport au placebo étaient significatives à P<0,001. Cela signifie que les patients traités par du fremanezumab dépendaient moins des médicaments antalgiques, ce qui est une bonne nouvelle car la surutilisation de médicaments aigus peut elle-même entraîner des céphalées d'origine médicamenteuse.

Début rapide de l'effet. Les bienfaits sont apparus rapidement. Au cours des quatre premières semaines suivant la dose initiale, le nombre de jours de céphalées a diminué de -4,4±0,3 jours (tous les trois mois) et de -4,5±0,3 jours (mensuel), par rapport à -2,1±0,3 jours pour le placebo — là encore, P<0,001 pour les deux. Les patients n'ont pas eu à attendre des mois pour constater une amélioration.

Bienfaits chez les patients n'utilisant pas d'autres traitements préventifs. Les chercheurs ont également analysé le sous-groupe de patients qui ne recevaient aucun médicament préventif concomitant contre la migraine (79 % du groupe tous les trois mois, 77 % du groupe mensuel et 79 % du groupe placebo). Cela était important pour isoler l'effet pur du fremanezumab. Les réductions du nombre de jours de céphalées étaient de -4,6±0,3 jours (tous les trois mois), -4,8±0,3 jours (mensuel) et -2,6±0,3 jours (placebo), avec des différences significatives à P<0,001 pour les deux traitements actifs par rapport au placebo.

Amélioration de la qualité de vie (scores HIT-6). L'invalidité liée aux céphalées a diminué significativement plus avec le traitement actif. Les scores HIT-6 ont baissé de :

  • -6,4±0,5 points avec du fremanezumab tous les trois mois
  • -6,8±0,4 points avec du fremanezumab mensuel
  • -4,5±0,5 points avec du placebo

Les deux différences étaient statistiquement significatives à P<0,001. Une réduction de 6 à 7 points sur l'échelle HIT-6 représente une amélioration cliniquement significative de l'impact des migraines sur le fonctionnement quotidien. Il est important de noter que le fremanezumab a également réduit le nombre de jours de céphalées pendant la période de 12 semaines évaluée à tous les moments de mesure, indiquant un bénéfice soutenu tout au long de l'intervalle de posologie.

Sécurité et effets indésirables

Des événements indésirables ont été signalés chez une proportion importante de patients dans les trois groupes, ce qui est typique des études impliquant des médicaments injectables :

  • 64 % des patients recevant du placebo ont présenté au moins un événement indésirable
  • 70 % des patients recevant du fremanezumab tous les trois mois (P=0,06 par rapport au placebo)
  • 71 % des patients recevant du fremanezumab mensuel (P=0,03 par rapport au placebo)

Il est à noter que la grande majorité des événements étaient d'intensité légère à modérée — 95 à 96 % dans les trois groupes. La différence entre les groupes fremanezumab et placebo était principalement due aux réactions au site d'injection, qui étaient les événements indésirables les plus couramment signalés.

Réactions au site d'injection

Des réactions au site d'injection sont survenues chez :

  • 40 % des patients recevant un placebo
  • 47 % des patients recevant du fremanezumab tous les trois mois (P=0,08 par rapport au placebo)
  • 47 % des patients recevant du fremanezumab chaque mois (P=0,03 par rapport au placebo)

Ces réactions comprenaient une rougeur (érythème), un gonflement (induration), des ecchymoses et une douleur au site d'injection. La gravité de ces réactions ne différait pas significativement entre les trois groupes. L'événement indésirable spécifique le plus fréquent était la douleur au site d'injection, survenue chez 30 % des patients du groupe tous les trois mois, 26 % du groupe mensuel et 28 % du groupe placebo.

Un total de 20 patients ont arrêté l'essai en raison d'événements indésirables : 1 % dans le groupe tous les trois mois, 2 % dans le groupe mensuel et 2 % dans le groupe placebo. Cette faible distribution uniforme des taux d'arrêt suggère que le fremanezumab était généralement bien toléré.

Fonction hépatique et autre surveillance de la sécurité

Des anomalies de la fonction hépatique (du foie) sont survenues chez 5 patients dans chaque groupe fremanezumab (environ 1 %) et chez 3 patients dans le groupe placebo (moins de 1 %). La signification clinique de ces anomalies biologiques n'a pas été entièrement caractérisée dans cet essai de 12 semaines.

La surveillance de la sécurité était complète. Les chercheurs ont vérifié les signes vitaux (tension artérielle, pouls, température corporelle, fréquence respiratoire), réalisé des examens physiques, effectué un électrocardiogramme à 12 dérivations (surveillance cardiaque) et réalisé des analyses biologiques cliniques incluant la biochimie sanguine, l'hématologie, la coagulation et l'analyse d'urine. Ils ont également évalué systématiquement les réactions locales au site d'injection immédiatement et une heure après chaque injection, suivi l'idéation et le comportement suicidaires à l'aide de l'échelle électronique Columbia-Suicide Severity Rating Scale, et testé des échantillons sanguins pour détecter la présence d'anticorps contre le médicament (anticorps anti-médicament, qui pourraient potentiellement réduire l'efficacité du médicament ou provoquer des effets secondaires). La douleur au site d'injection était l'événement indésirable le plus fréquent dans tous les groupes et, globalement, le profil d'effets secondaires a été jugé acceptable et cohérent avec les études précédentes de cette classe de médicaments.

Ce que cela signifie pour les patients

Ces résultats représentent une avancée significative dans le traitement préventif de la migraine chronique. Pour les patients qui ont lutté contre des céphalées quotidiennes ou quasi quotidiennes et qui n'ont peut-être pas obtenu de soulagement avec les médicaments préventifs oraux existants, le fremanezumab offre un nouveau mécanisme d'action qui cible directement une molécule clé de la voie de la migraine.

Les bénéfices cliniques sont substantiels. Près de deux fois plus de patients ont atteint une réduction d'au moins 50 % des jours de céphalée avec le fremanezumab par rapport au placebo (38-41 % contre 18 %). Il ne s'agit pas seulement d'une différence statistiquement significative — c'est un niveau d'amélioration qui peut changer la vie quotidienne d'un patient, en restaurant la capacité de travailler, de prendre soin de sa famille et de participer à des activités sociales.

La rapidité du début de l'effet bénéfique est également importante. Les patients ont répondu dès le premier mois de traitement, et les améliorations ont été maintenues tout au long de la période d'étude de 12 semaines. Le fait que des bénéfices soient survenus même chez les patients qui ne prenaient pas d'autres médicaments préventifs confirme que le fremanezumab agit par lui-même, bien qu'il puisse également être ajouté à un régime existant.

La réduction de l'utilisation des médicaments aigus (3,7 à 4,2 jours de moins par mois) est particulièrement pertinente d'un point de vue de la santé rénale, hépatique et cérébrale. Une surutilisation des médicaments antalgiques aigus peut en fait aggraver le cycle de la migraine, donc briser ce cycle avec un traitement préventif efficace est précieux.

Enfin, la commodité des schémas posologiques ne doit pas être négligée. La possibilité de recevoir une injection soit chaque mois, soit tous les trois mois offre une flexibilité aux patients, dont beaucoup ont du mal à se souvenir de prendre quotidiennement leurs médicaments préventifs oraux. Le régime trimestriel était tout aussi efficace que le régime mensuel, ce qui pourrait être très attractif pour la commodité.

Limites de l'étude : ce que l'essai n'a pas pu prouver

Il est important de contextualiser ces résultats avec les limites de l'essai, que les auteurs reconnaissent franchement.

L'essai ne durait que 12 semaines. Il s'agit d'une période relativement courte pour une affection chronique comme la migraine. L'étude a pu démontrer que le fremanezumab fonctionne à court terme, mais la durabilité à long terme, la sécurité et la tolérance du fremanezumab nécessitent des études supplémentaires. Des questions subsistent quant au fait de savoir si les bénéfices se poursuivent au-delà de 3 mois, si les patients développent une résistance avec le temps et si des effets secondaires rares à long terme apparaissent.

Un effet placebo significatif a été observé. Les patients du groupe placebo ont également connu une réduction moyenne de 2,5 jours de céphalée par mois. Cela n'est pas surprenant dans les études sur la douleur, mais cela souligne que l'effet véritablement spécifique au médicament, bien qu'évidemment significatif, est quelque peu inférieur à la réduction brute — la différence par rapport au placebo était de 1,8 à 2,1 jours de céphalée par mois.

Les réactions au site d’injection étaient fréquentes. Bien qu’elles ne soient pas graves pour la plupart des patients, le fait qu’environ la moitié des patients traités par fremanezumab aient présenté des réactions au site d’injection est un élément important à prendre en compte. Les patients qui ont peur des aiguilles peuvent trouver cela difficile.

L’essai a exclu certains patients complexes. Plus précisément, les patients ayant reçu des injections d’onabotulinumtoxinA dans les 4 mois précédant le dépistage, ceux qui utilisaient des médicaments opioïdes ou barbituriques plus de 4 jours pendant la période de référence, et ceux qui n’avaient pas répondu à deux des quatre catégories de médicaments préventifs ont été exclus. Par conséquent, les résultats ne sont peut-être pas entièrement généralisables à la population migraineuse la plus réfractaire aux traitements ou à celle présentant une surconsommation médicamenteuse importante.

Financement par l’industrie. L’essai a été financé par Teva Pharmaceuticals, le développeur de fremanezumab. Bien que les auteurs aient garanti la conduite de l’essai ainsi que l’exactitude et l’exhaustivité des données, et que l’essai ait été enregistré sur ClinicalTrials.gov, les patients doivent être conscients que les essais sponsorisés par l’industrie peuvent comporter des biais inhérents dans leur conception et leur rapport. La majorité des patients étaient des femmes (87-88 %), ce qui est cohérent avec l’épidémiologie de la migraine, mais signifie que les résultats chez les hommes sont moins bien caractérisés.

Signification clinique des tests de fonction hépatique. Bien que des anomalies de la fonction hépatique aient été observées chez seulement environ 1 % des patients traités, la signification clinique de ces résultats biologiques n’est pas entièrement expliquée dans cette étude de 12 semaines, et une surveillance à plus long terme serait nécessaire pour comprendre s’il s’agit d’un signal de sécurité significatif.

Recommandations pour les patients

Pour les patients vivant avec une migraine chronique, cette recherche fournit des informations nouvelles et importantes à discuter avec leur professionnel de santé. Voici ce que les patients pourraient considérer :

  1. Demandez des informations sur les thérapies ciblant le CGRP. Le fremanezumab fait partie d’une nouvelle classe de médicaments « anti-CGRP » qui ont fondamentalement changé la prévention de la migraine. De nombreux agents de cette classe sont désormais approuvés par les autorités réglementaires du monde entier. Discutez avec votre neurologue ou spécialiste des céphalées pour savoir si cette classe de médicaments peut vous convenir.
  2. Connaissez vos jours de migraine. Tenir un journal des céphalées — comme le journal électronique utilisé dans cet essai — peut vous aider, ainsi que votre médecin, à documenter avec précision la fréquence de vos céphalées, les déclencheurs, l’utilisation des médicaments et la réponse au traitement. Les définitions rigoureuses de l’essai (au moins 4 heures de douleur, intensité modérée ou utilisation de triptans/médicaments ergotés) peuvent servir de modèle utile pour suivre vos propres migraines.
  3. Définissez des attentes réalistes. La réduction moyenne du nombre de jours de céphalées était d’environ 4,3 à 4,6 jours par mois avec le fremanezumab, contre 2,5 jours avec le placebo, et 38-41 % des patients ont obtenu une réduction d’au moins 50 %. Cela signifie que bien que de nombreux patients en tirent un bénéfice substantiel, tous ne deviennent pas sans céphalées — et plus de la moitié des patients de l’essai n’ont pas atteint le seuil de 50 %.
  4. Discutez de la fréquence d’administration avec votre médecin. Les deux schémas posologiques, mensuel (225 mg) et trimestriel (675 mg tous les 3 mois), ont été efficaces dans cet essai. Si vous préférez moins d’injections, l’administration trimestrielle peut être une option séduisante à discuter.
  5. Prévoyez les réactions au site d’injection. Environ 47 % des patients traités ont présenté des réactions au site d’injection telles que douleur, rougeur ou gonflement. Demandez à votre fournisseur de soins des techniques pour minimiser l’inconfort, comme laisser le stylo injecteur atteindre la température ambiante, utiliser de la glace avant l’injection, ou alterner les sites d’injection.
  6. Ne arrêtez pas vos médicaments actuels sans avis médical. L’essai a permis aux patients de poursuivre une dose stable de leurs médicaments préventifs existants, suggérant que le fremanezumab peut être utilisé comme traitement d’appoint. Ne modifiez jamais votre plan de traitement de la migraine sans consulter votre professionnel de santé.
  7. Rappelez-vous que les données à long terme sont encore en cours d’accumulation. Cette étude n’a évalué que 12 semaines de traitement. À mesure que des études de suivi à plus long terme seront publiées, elles fourniront des informations supplémentaires importantes sur la durabilité des bénéfices, la sécurité sur plusieurs années d’utilisation et la place appropriée de ce médicament dans l’algorithme thérapeutique.

Questions fréquemment posées

Qu’est-ce que la migraine chronique et en quoi est-elle différente de la migraine régulière ?

La migraine chronique est une forme sévère de migraine touchant environ 2 % des personnes. Elle se caractérise par au moins 15 jours de céphalées par mois pendant au moins 3 mois, avec des caractéristiques de migraine sur au moins 8 de ces jours. Elle provoque des douleurs quotidiennes ou quasi quotidiennes et une altération significative du travail, de l’école et de la vie quotidienne.

Dans quelle mesure le fremanezumab a-t-il été efficace contre la migraine chronique dans cet essai ?

Dans une étude de 12 semaines portant sur 1 130 patients, le fremanezumab a réduit le nombre mensuel de jours de céphalées d’environ 4,3 à 4,6 jours, contre 2,5 jours avec le placebo. Environ 38 % à 41 % des patients traités ont présenté une réduction d’au moins 50 % du nombre de jours de céphalées, contre 18 % avec le placebo. Les bénéfices sont apparus dès le premier mois.

Quels effets secondaires les patients ont-ils présentés avec le fremanezumab ?

Les effets secondaires les plus courants étaient des réactions au site d’injection, telles que douleur, rougeur, gonflement et ecchymose. Ceux-ci sont survenus chez environ 47 % des patients traités, contre 40 % avec le placebo. La plupart des effets secondaires étaient légers à modérés. Environ 1 % à 2 % des patients ont arrêté le traitement en raison d’effets indésirables.

Qui était éligible pour participer à cet essai ?

Les participants étaient des adultes âgés de 18 à 70 ans souffrant de migraine chronique, définie comme au moins 15 jours de céphalées et 8 jours de migraine par mois. Ils avaient une migraine depuis au moins 12 mois. Les critères d’exclusion comprenaient l’utilisation récente de Botox, la surconsommation d’opioïdes ou l’absence de réponse à deux médicaments préventifs antérieurs.

Quelles sont les limites de cette étude sur le fremanezumab ?

L’essai ne durait que 12 semaines, donc la sécurité à long terme et la durabilité ne sont pas encore connues. Un effet placebo significatif s’est produit, et la réduction véritablement spécifique au médicament était de 1,8 à 2,1 jours de céphalées par mois. Les réactions au site d’injection étaient fréquentes. L’étude a exclu certains patients complexes, donc les résultats peuvent ne pas s’appliquer à tout le monde.

Devrais-je obtenir un deuxième avis avant de commencer le fremanezumab pour la migraine chronique ?

Un deuxième avis peut vous aider à décider si le fremanezumab est adapté à votre situation, surtout puisque cet essai de 12 semaines a montré qu’il réduit les jours de céphalées d’environ 4,3 à 4,6 par mois contre 2,5 avec un placebo, et que seulement 38 à 41 % des patients ont obtenu une réduction de 50 %. Il a également provoqué des réactions au site d’injection chez 47 % des patients traités. Un deuxième avis peut confirmer votre diagnostic de migraine chronique, examiner vos antécédents de traitement et discuter des alternatives, y compris d’autres options préventives. Diagnostic Detectives Network fournit des deuxièmes avis d’experts indépendants.

Informations sur la source

Original article title: Fremanezumab for the Preventive Treatment of Chronic Migraine

Authors: Stephen D. Silberstein, M.D., David W. Dodick, M.D., Marcelo E. Bigal, M.D., Ph.D., Paul P. Yeung, M.D., M.P.H., Peter J. Goadsby, M.D., Ph.D., Tricia Blankenbiller, M.A., Melissa Grozinski-Wolff, B.S., Ronghua Yang, Ph.D., Yuju Ma, M.S., and Ernesto Aycardi, M.D.

Journal: The New England Journal of Medicine (N Engl J Med 2017;377:2113-22)

Publication date: November 30, 2017

DOI: 10.1056/NEJMoa1709038

Trial registration: ClinicalTrials.gov number, NCT02621931

Funding source: Teva Pharmaceuticals, which also provided the trial medication and performed the data analysis.

Institutional affiliations: Thomas Jefferson University (Jefferson Headache Center), Philadelphia; Teva Pharmaceuticals, Frazer, PA; Mayo Clinic Arizona, Phoenix; and King's College London, London.

Cet article destiné aux patients est basé sur des recherches évaluées par les pairs, publiées dans une revue médicale de premier plan. Il a été rédigé pour aider les patients et le grand public à comprendre les résultats de l’étude sans avoir besoin d’un diplôme médical. L’article scientifique original contient des tableaux supplémentaires, des détails statistiques et des matériaux complémentaires qui peuvent être consultés via le New England Journal of Medicine.